Terra Madre 2022 : un long combat pour une Slow Food

Terra Madre 2022

Ils seraient ennuyés qu’on parle d’eux ainsi, mais les Italiens donnent une leçon aux Français. A Turin, la région Piémont et toute l’Italie se mobilisent pour accueillir du 22 au 26 septembre 2022 près de 3000 agriculteurs, indigènes, chefs, migrants et militants de la « slow food » invités de 150 pays. (Gilles Fumey)

Bientôt, l’événement Terra Madre et le Salon du goût poussent des dizaines de milliers de militants à se poser la question de la régénération. Le contexte international sanitaire et géopolitique montre combien les communautés humaines inspirent ce qui fait résilience sur la planète Terre. Edie Mukiibi, vice-président de Slow Food, aime citer les peuples montagnards vivant dans des milieux désertés, élevant des troupeaux sur pâturage d’altitude sans abîmer la nature. On pourrait évoquer les peuples des rizières dans l’Asie des moussons qui ont œuvré à un système résilient malgré les terribles catastrophes liées à la mousson.

Slow Food se bat, cette année, pour faire prendre conscience du système libéral qui a éloigné les villes des lieux de production alimentaire, créant des produits sans âme et sans goût parce que standardisés. Pour Slow Food, il faut revenir aux origines des nourritures, protéger ceux qui les produisent. En défendant une alimentation « bonne, propre et juste ».

Slow Food
Terra Madre 2018 © Slow Food

Les militants veulent montrer que la question de la régénération est aussi personnelle. Elle nous implique en tant que consommateurs qui doivent être attentifs aux pratiques agricoles, aux systèmes de distribution promouvant des produits locaux pour des régimes alimentaires diversifiés. Dans les grandes villes comme dans les plus petits villages. Pour Marta, directrice de Slow Food Europe, il faut mettre en avant les légumes, les baies sauvages en améliorant nos connaissances sur elles, comme ce sera possible au Salon du goût à Turin.

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Alice Waters et Carlo Petrini (2018) © Slow Food

Carlo Petrini, le fondateur de Slow Food, demande qu’on « dépasse l’opposition entre innovation et tradition » qui nous maintient dans une forme de nostalgie et de regret du passé. Alors que l’« innovation est une tradition qui prospère ». En phase avec les valeurs de l’Italie, Petrini défend les « communautés » qui peuvent être des entités « révolutionnaires » si elles s’appuient sur ce qu’il appelle la « sécurité émotionnelle », conduisant à un nouveau paradigme social : « C’est avec elles que nous devons entrer dans cette longue période de transition agroécologique qui nous attend. »

Pour sensibiliser les Italiens et les visiteurs internationaux, 600 producteurs venus du monde entier sont attendus au Salon du goût. Ils ont été sélectionnés pour leur défense de la biodiversité et des pratiques agricoles écologiques, la fertilité des sols, le bien-être animal, le refus des OGM, le tout incarnant un exemple de la régénération qui est le thème de cette rencontre 2022.

Comme symboles de la régénération sociale, les céréales sont présentées dans l’espace Biodiversité, qui tient compte, non pas seulement des variétés, mais aussi des systèmes de production et des outils de transformation. Un jardin éducatif en lien avec le Jardin botanique de Turin enseigne ce qu’il faut savoir sur les sols, les pollinisateurs, les significations symboliques d’un jardin mandala, un champ de permaculture et sa forêt comestible. Côté cuisine, on peut voir travailler les chefs, et déguster des plats du monde entier, préparés par l’Alliance Slow Food des cuisiniers. Parmi les ateliers du goût, ceux sur la vinification des vins bio et en biodynamie sont mis à l’honneur par la Slow Wine Coalition ouvrant cette année sur l’Amérique latine (Argentine, Chili, Pérou), avec en prime la découverte d’assemblages de cafés cubains. Les militants peuvent apprendre sur place à se mobiliser contre les OGM et pour la préservation des pollinisateurs.

Slow Food
Terra Madre 2018 © Slow Food

Cette année, l’événement a quitté le Lingotto au centre de Turin pour le Parco Dora, sur le site d’une ancienne aciérie, témoignant par là que les anciens sites industriels peuvent être transformés en espaces verts. Des peintures murales accueillent les visiteurs, le parc se voulant – comme souvent en Italie – une immense galerie d’art de 40 hectares (la surface du Vatican !) à travers les anciennes usines Fiat et Michelin.

Le programme est ici


Terra Madre Salone del Gusto est organisé par Slow Food, la ville de Turin et la région du Piémont, parrainé par le Ministère italien des Politiques agricoles, alimentaires et forestières, le Ministère italien de la transition écologique et l’Anci. Cette édition est rendue possible grâce à l’engagement d’entreprises qui croient aux valeurs et aux objectifs de la manifestation, notamment les partenaires officiels : Iren, Lavazza, Parmigiano Reggiano, Pastificio di Martino, QBA – Quality Beer Academy, Reale Mutua and UniCredit; Fondazione Compagnia di San Paolo, Fondazione CRT, Consulta delle Fondazioni di origine bancaria del Piemonte e della Liguria.


Sur le blog

« Slow Cheese 2021 : quand le lait saute vers l’immortalité » (Gilles Fumey)

« Slow Cheese 2021 (2) : les sortilèges du goût du fromage » (Gilles Fumey)

« Slow Cheese 2021 (3) : stop au hold-up fromager » (Gilles Fumey)


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