Faut-il toujours entraver les routes?

Y a-t-il une géographie des ralentisseurs ? On n’en trouve pas au Japon, peu en Suisse. Et en France, certaines villes comme Sanary-sur-Mer les ont bannis. D’autres en redemandent. Explication.

Un romancier racontera t-il un jour la stupeur qu’éprouverait un ingénieur des Ponts-et chaussées de la vénérable école créée sous Louis XV, imaginant les routes pensées pour rouler et désormais entravées par 450 000 ralentisseurs ? Certes, on roule plus vite qu’au temps des calèches. Et on ne cesse d’entraver parce que les routes ont été le théâtre de 3 249 morts violentes en 2019 dues, essentiellement, à la vitesse et l’endormissement des conducteurs.

Ralentisseurs

Carte des ralentisseurs (Sud de Paris) © Daniel Clerc

Cabosser une Ferrari

Comme pour les virus qui envoient les malades à l’hôpital, la mort sur les routes est devenue un sujet de politique publique. L’État et les maires nous guident par la signalétique, les ronds-points, les radars et les « gendarmes couchés » qu’on est priés d’aborder à 30 km/h (le panneau est indicatif). Certains distraits ou mal-voyants (notamment entre chien et loup lorsque la bosse n’est pas assez visible au sol), d’autres, délinquants de la vitesse se prennent des beignes qui peuvent envoyer le véhicule chez le garagiste. Sur les réseaux sociaux, circulait l’histoire d’un propriétaire de Ferrari 458 abîmée sur une mini-muraille non réglementaire, assignant un maire ayant dû rembourser une douloureuse de 2000 €.

Ralentisseurs

Pétition contre les ralentisseurs © Daniel Clerc

Pourtant, l’État-nounou (transports, urbanisme dépendants du ministère de l’écologie) a tout prévu depuis des décennies : longueur, hauteur, angles d’attaque et de sortie. Certains maires ont des services techniques qui travaillent comme des cochons : on a vu des bosses jusqu’à 30 cm de haut au lieu des 10 cm réglementaires. Seuls les SUV, perchés à 18 cm, voire plus, sautillent dessus, les sportives se faisant étriller leur cul bas. Auto Plus avait, il y a quelques années, compté un ralentisseur sur trois non conforme. Conducteurs aux vertèbres fragiles, attention à la casse ! Et suivez les pompiers et ambulanciers qui savent les éviter quand ils en ont la possibilité…

Ligue de défense des conducteurs, Fédération des motards en colère, Automobile Club des avocats et autres associations comme la PUMSD (Pour une mobilité sereine et durable, sic) intentent des procès contre les maires et, parfois, gagnent. Coussins berlinois mal attachés, plateaux traversants dépassant les 10 mètres de longueur, bruits trop élevés des véhicules cognant l’obstacle, marquage au sol effacé, installation sur une pente de plus de 4% ou à proximité d’un virage, tout est bon pour casser la dynamique vertueuse des édiles protégeant leurs populations.

Quel est le secret des villes comme Bandol qui vient de les ôter sur la route longeant le port et qui va étendre cette pratique au centre-ville ? Très largement, la végétalisation des ronds-points qui cache la visibilité et ralentit les véhicules. L’idée est venue dans la ville voisine de Sanary-sur-Mer où le maire (DVD), Ferdinand Bernhard, a fait sauter les obstacles, misant sur le civisme et plantant des palmiers aux croisements aménagés en ronds-points. L’accidentologie n’a pas augmenté depuis le retrait il y a près d’un an des ralentisseurs.

Une nouvelle géographie des routes en train d’émerger ?


Pour nous suivre sur Facebook : https://www.facebook.com/geographiesenmouvement

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s