
Quels seront nos lendemains? Faut-il écouter les faiseurs d’opinion, suivre les politiques? Ou tenter de comprendre comment jouent les acteurs de cette transition énergétique dont se gausse notre époque? Le thriller de Sébastien Galifier répond. (Gilles Fumey)
Alors que la septième édition de la Revue mondiale de l’électricité publiée ce 21 avril par Ember (Londres) annonce que la production d’énergie renouvelable répond désormais à la totalité de la hausse des besoins en électricité, Sébastien Galifier publie un thriller d’anticipation politique et écologique centré sur les dérives de la transition énergétique. Et quel thriller! La Terre des vivants conteste l’idée que la transition énergétique serait la solution pour sauver la planète.
Galifier confronte un certain Charles Blondel, dirigeant du secteur minier, à toute une série de personnages représentant des pans entiers de la société civile. Blondel est un «repenti» qui révèle les conséquences cachées et inquiétantes de cette transition dans un système économique et industriel pour le moins problématique. Ce qui serait présenté comme pouvant sauver la planète pourrait, en réalité, l’enfoncer davantage.
Pour nous convaincre, Galifier a monté cet étonnant thriller, avec des complots industriels et financiers, une lutte sans merci entre les secteurs de la transition et, surtout, les manipulations pratiquées autour de l’extraction des ressources terrestres. Il montre comment on peut imaginer une forme de résistance ou de contre-attaques face aux élites économiques. En situant l’intrigue dans un triangle États-Unis, Suisse et France et en laissant entendre que les décisions qui nous impactent sont prises par des dirigeants sans scrupule, cupides jusqu’à la caricature. Toute une batterie de personnages et de collectifs d’experts, d’ingénieurs, de scientifiques servent un même ensemble: élites voulant préserver le système, politiques arbitrant ou compliquant les relations…
On apprend que les Russes ont pris en Ukraine une quarantaine de mines de charbon et récupéré des sites gaziers. Mais quoi qu’en dise Galifier, le rapport Ember montre que la production de charbon reste stable alors que les États-Unis, rétifs aux énergies renouvelables, n’ont pas enclenché de politique pour réduire les énergies fossiles. Pire, Trump a donné la priorité aux hydrocarbures mais les énergies renouvelables continuent de progresser. Certes, le coût des batteries a diminué de 46% entre 2024 et 2025 faisant bondir la consommation de renouvelables, mais si on prend l’échelle mondiale, les émissions de CO2 n’ont toujours pas baissé.
Galifier enfonce le clou: le modèle économique actuel est trop orienté sur la croissance, une croissance en contradiction avec les limites écologiques de la planète. La transition énergétique elle-même repose sur trop de ressources minérales et industrielles problématiques. Ce thriller d’anticipation est passionnant pour comprendre la question écologique actuelle, grâce à une intrigue haletante et des personnages invisibles dans les rapports d’experts sur le climat.
À lire
Sébastien Galifier, La Terre des vivants, Éditions d’en bas, 2026.
Sur le blog
«Transition écologique 1/3 Quand les villes gouvernent les campagnes» (Guilaume Faburel, Jeanne Carisey, Noëmie Chaillan)
«Transition écologique 2/3 Les relations villes-campagnes en question» (Guillaume Faburel, Noëmie Chaillan)
«Transition écologique 3/3 Les communs ruraux: préserver collectivement les ressources du milieu» (Jeanne Carisey)