Trump, maître de la géographie

La nouvelle ère Trump est frappée d’un toponyme qui va apparaître sur la version de Google Maps utilisée aux Etats-Unis: Golfe d’Amérique. Une décision qui nous ramène au temps des monarques absolus. (Gilles Fumey)

Ainsi donc, la haine du président étatsunien vis-à-vis des Latinos sera inscrite sur les cartes de géographie. Pour l’instant, l’administration de Washington est pressée de mettre à jour les cartes officielles gouvernementales, le département de l’Intérieur se vantant d’ajouter un «nom historique honorant la grandeur américaine».

Tharon Green © CNET

L’expression «golfe d’Amérique» figure déjà sur les documents du gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, et elle est utilisée par les garde-côtes locaux. Les pro-Trump ont pressé Google Maps de mettre à jour l’application, la firme attendant le feu vert du Geographic Names Information System (GNIS). En précisant que ce ne serait que pour la version étatsunienne et que pour les Mexicains, le toponyme serait inchangé. Tout ça pour ça!

L’occasion de rappeler qu’il existe des conflits toponymiques dans le monde. La Corée du Sud appelle «mer de l’Est» ce que le reste du monde nomme «mer du Japon». Durant son premier mandat, Trump avait agacé l’Iran en nommant le golfe Persique «mer d’Arabie», pour aller dans le sens des nationalistes arabes. Aux États-Unis même, en 2015, Obama avait débaptisé le mont McKinley en «Denali», pour permettre aux natifs d’Alaska d’utiliser le toponyme qu’ils utilisaient depuis des siècles. En 1917, ce sommet avait été nommé du nom du président William McKinley, l’un des tous premiers volontaires à se battre pendant la guerre de Sécession. Une décision que Trump avait qualifié d’«affront à la vie du président McKinley, à ses réalisations et à son sacrifice». Quand on demande «mont McKinley» sur Google Earth, l’application renvoie sur «Denali», mieux vaut le savoir avant d’imaginer qu’on a perdu la tête…

Les Nations unies réunissent un groupe d’experts géographes le 28 avril 2025 pour statuer sur la décision de Trump et l’Organisation hydrographique internationale, créée il y a un siècle et basée à Monaco, reste pour l’instant l’autorité qui harmonise les toponymes des eaux internationales. 

Sur les réseaux sociaux, certains utilisateurs indiquent qu’ils supprimeront l’application lors de la mise à jour officielle, d’autres passeront à Apple Maps, sans savoir si la firme à la pomme suivrait Trump.

La première mention du mot America sur une carte (1507)
© Martin Waldseemüller (Ville de Saint-Dié-des-Vosges)

L’occasion de rappeler que le toponyme America a été inscrit sur une carte de géographie pour la première fois dans l’histoire par une équipe de cartographes de la ville de Saint-Dié (Vosges) à l’initiative de Martin Waldseemüller. Mais c’était en 1507.


Sur le blog

«La France mise en coupe réglée pour le GPS?» (Gilles Fumey)

«RIP le Nord» (Manouk Borzakian)


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Une réflexion au sujet de « Trump, maître de la géographie »

  1. pourquoi ne pas renommer les océans en: « d’Amérique de l’ouest et d’Amérique de l’est » tant qu’à y être, surtout s’il annexe toutes les iles alentour et le Groenland

    déjà Roosevelt lorgnait sur nos iles américaines, Saint-Pierre et Miquelon ont été libérées en douce, en Martinique, n’ont-ils pas coulé notre sous-marin parti la libérer des pétainistes

    cela m’impressionne toujours de penser que Saint-Dié des Vosges fut un pôle de cartographie

    le géographe de Saint-Exupéry qui attendait le récit des explorateurs!

    en l’occurrence Waldseemüller a attendu le « nouveau monde » d’Amerigo Vespucci pour apprendre avec lui et ses voyages d’exploration qu’ils n’atteignaient pas les indes mais bien un continent inexploré jusqu’à lors, croyaient-ils

    il est rigolo de constater qu’en 1507, nous ne connaissions que les côtes ouest et le Mexique pour ne représenter qu’une ridicule bande de terre sur son planisphère

    les interventions de Arnaud Orain à C Politique hier soir sont glaçantes de lucidité: les compagnies des milliardaires sont devenues des états dans l’état qui n’auront de cesse que de détruire la démocratie

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