Le Japon épris du printemps

Hanami à Tokyo
Hanami, à Tokyo (http://wkrainietajfunow.pl)

Dès la mi-journée et jusque tard dans la nuit, des millions de Japonais fêtent le printemps sous les cerisiers en fleur (Sakura). Un grand moment dans l’année civile que les Européens tentent d’imiter. Comme au parc de Sceaux et en d’autres jardins, ces jours-ci. (Gilles Fumey) – Version mise à jour d’un texte initialement publié en avril 2018 sur le site de Libération.

Ce soir, en sortant du boulot, après avoir vaincu les côtés désagréables de la grève des trains, donnons-nous rendez-vous sous les cerisiers. Posons des cartons en carré. Déchaussons-nous. Assis en rond autour d’un gros panier de bières et de saké, de sushis et sashimis, de bœuf mariné dans une feuille de nori et des onigiris, ces boules de riz vinaigré farcies, de bentos, levons-nos verres à la nouvelle saison. Comme les empereurs japonais depuis le IXe siècle dans les jardins de Heian-kyô à Kyôto, alors capitale. Après l’hiver glacial dans les maisons en bois peu chauffées, le retour d’une météo ensoleillée et douce (quelques degrés entre le jour et la nuit), les Japonais célèbrent aussi la géographie de leur pays, longiligne comme l’Italie, le Viêtnam ou le Chili, sa palette climatique, des latitudes subtropicales de Kuyshu aux régions neigeuses de Hokkaido au nord.

Le régime hivernal est ébranlé par les « bonzes-de-Taiwan » (une image due à la configuration des isobares évoquant le crâne rasé d’un bonze) qui visitent le Japon de janvier à mars. Avec des vents du sud, ils « dispersent des fleurs » d’abord sur les pruniers, puis les cerisiers avant les pêchers.

Ils ont surveillé la montée du front des cerisiers en fleurs (sakurazensen) annoncé par l’agence météo du Japon sur des cartes diffusées dans tous les médias, compris les SMS. On se demanderait presque si les shoguns qui ont déménagé la capitale japonaise de Kyôtô à Edo (l’actuelle Tokyo) ne l’ont pas fait aussi à cause de ce privilège. Les 37 millions d’habitants de l’agglomération jouissent quasiment du même état de floraison des cerisiers qu’au sud du Japon alors qu’au nord du pays la neige n’a pas encore fondu. Entre les premières et les dernières fleurs, la saison de sakura dure à peu près un mois, avec un pic de floraison (mankai) les deux semaines centrales. Pour faire durer la magie, les Japonais plantent différentes variétés : le cerisier Yoshino est présent partout, mais à Tokyo dans les parcs, y compris celui du palais impérial, fleurissent le Higan venant du sud ou le Cerisier de Sargent originaire du nord. Ces cherry blossoms sont l’occasion de réécouter des folk songs venus du fond des âges.

À Sceaux (Hauts-de-Seine), cette année (2018), le printemps était en retard et la France ne publie pas encore de carte de Sakura. Mais le Hanami (花見, littéralement, « regarder les fleurs ») est plus que cette ivresse des paysages qui peut attendre quelques jours. C’est une plongée dans le Japon ancien qui y voyait la demeure des dieux. On leur offrait des mets en chantant des poèmes et en buvant du saké. Et on marquait aussi la saison du repiquage du riz.


Voici un site qui donne des adresses pour cette fête Hanami en France

Parc de Sceaux, à partir du 3 avril 2022 (programme ici).

Parc oriental du Maulévrier (près de Cholet), 49360 (Pas totalement japonais, ce parc qui a une petite touche coréenne et chinoise se visite aussi de nuit, en écoutant des contes japonais au fil des lanternes.)

Jardin japonais Compans Caffarelli, à Toulouse, bd Lascrosses

Jardin d’acclimatation, Paris

Japan Expo a l’habitude d’organiser des danses awa odori, chants folkloriques, concours de cosplay, takoyaki

Jardin de l’île de Versailles, Nantes (Loire-Atlantique)

Jardin de la villa Ephrussi des Rothschild, Saint-Jean-Cap Ferrat (Alpes-Maritimes)

Parc de l’Amitié, Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine)

Château de Courances et son jardin japonais (Seine-et-Marne)

Jardin japonais de l’Unesco (ou jardin de la Paix), Paris

Jardin zen d’Erik Borja, Beaumont Monteux (Drôme)

Jardin japonais du potager des princes, Chantilly (Oise)

Le Sentier de Chimonobambusa, Lille-Hellemes (Nord)

Les jardins de Ly, Senarpont (Somme)

Jardin japonais du Havre (Haute-Normandie)

Jardin Japonais, Monaco

Plus tard, dans la saison d’automne, le Japon nous donne rendez-vous avec les érables…

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