Tom Wolfe: un géographe qui s’ignore?

Tom WolfeJournaliste devenu romancier et décédé en 2018 à 88 ans, Tom Wolfe avait le chic pour décrire la diversité sociale et territoriale des États-Unis. Un travail aux frontières de la géographie et de la sociologie, indispensable pour comprendre ce qui est encore la première puissance mondiale.

Le bûcher des vanitésQuatre romans : il n’en faut pas plus pour avoir un aperçu de la société étasunienne et de ses fractures. Car dans ses récits, l’auteur du Bûcher des vanités s’attache à décrire en profondeur l’environnement dans lequel les évènements se déroulent. Au point que l’espace devient un personnage central, indispensable à la compréhension du parcours des protagonistes.

New York, Atlanta, Miami et une université d’élite (fictive mais inspirée des plus connues) sont ainsi passées au vitriol et décrites au travers des réalités sociales qui les composent. En résultent de véritables précis de géographie urbaine qui, contrairement aux guides touristiques, n’hésitent pas à nous plonger dans l’envers du décor. Tom Wolfe a en effet l’art de nous immerger au sein des différents mondes qui composent la société. Il nous fait passer d’un ghetto ethnique à une salle de marché au cœur de Wall Street, d’une soirée mondaine à un milieu carcéral, d’une zone rurale des Appalaches à un campus, ou encore d’un quartier populaire cubain à un vernissage réunissant la jet set de Miami. Ces allers et retours font prendre conscience de la fragmentation territoriale et sociale à l’œuvre, fragmentation au sein de laquelle des populations vivent en totale déconnexion les unes des autres.

Un homme, un vraiCe réalisme s’appuie sur un solide travail de documentation. Les travaux de Tom Wolfe brouillent la frontière entre le roman et le journalisme puisque l’écrivain précède ses récits d’une exploration profonde du terrain dans lequel il s’engage. Il a séjourné plusieurs mois dans les endroits qu’il évoque et effectué de nombreux entretiens afin de coller au plus près à la réalité qu’il décrit.

Moi, Charlotte SimmonsÀ travers son regard et le parcours de protagonistes aussi variés qu’un trader newyorkais à l’apogée de sa success story (Le bûcher des vanités, 1987), un magnat de l’immobilier d’Atlanta (Un homme, un vrai, 1998), une étudiante provinciale débarquée dans une des plus prestigieuses universités du pays (Moi, Charlotte Simmons, 2004) et un policier cubain devenu célèbre malgré lui (Bloody Miami, 2013), on perçoit, davantage que dans des livres spécialisés l’omniprésence de la question raciale, des antagonismes de classe et de la ségrégation spatiale. Et force est de constater que ces traits déterminent de nombreux éléments d’actualité tels que la géographie électorale, les enjeux de pouvoir, les tensions entre communautés ou le sentiment d’insécurité et de déclassement qui guette de nombreux citoyens.

Bloody MiamiOuvertement conservateur (il a voté George W. Bush en 2004), Tom Wolfe pointe les enjeux de la société nord-américaine de façon plus pertinente que de nombreux pamphlets progressistes. Il nous immerge dans le quotidien de catégories populaires (minorités, ouvriers, domestiques, etc.) mais aussi dans celui d’une « élite » (sportifs de haut niveau, hommes d’affaires, dirigeants politiques, étudiants issus de bonne famille, etc.), qu’il dépeint souvent avec condescendance. Par ce biais, il met le doigt sur l’extrême violence que peut constituer la confrontation entre ces deux réalités et, par là, détruit (malgré lui ?) de nombreux mythes qui constituent le socle de la culture étasunienne.

Des lectures indispensables pour voyager au pays de l’oncle Sam tout en restant chez soi.


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