M. Cattelan – « La tâche de l’art: réfléchir sur le monde »

Blind, Maurizio Cattelan
Blind, M. Cattelan, 2021, Milan

De retour à Milan, Maurizio Cattelan présente une nouvelle exposition hantée par la mémoire du 11-Septembre mais bien plus ambitieuse par une scénographie qui fera date.

Quelques semaines avant le 20e anniversaire du 11 septembre 2001, l’artiste italien Maurizio Cattelan (né en 1960), à la fois populaire, visionnaire et vilipendé pour ses précédentes réalisations comme les « Enfants pendus » de la Piazza XXIV Maggio (2004) ou la sculpture L.O.V.E (2010), a présenté à Milan, à la fondation d’art contemporain Pirelli, « Blind » inspiré par l’idée d’une tour commémorative, sectionnée en deux. Nancy Spector, ex-conservatrice du Guggenheim de New York, l’a considérée « trop chargée d’émotions, peut-être même toxique » pour la ville de New York.

Mais dans l’immense hangar Bicocca, l’exposition Breath Ghosts Blind réunit des œuvres inédites, notamment des œuvres historiques de Cattelan dans un spectacle en trois actes du cycle de la vie, de la naissance à la mort. Avec cette représentation symbolique, il adopte un style très irrévérencieux qui fait sa renommée. Mémoire, fragilité, sentiment de perte personnelle et collective sont sur un fil entre échec et espoir, esprit et matière, fiction et réalité. Un langage mordant d’ironie, au puissant impact visuel pour que le paradoxe, la provocation, le scandale puissent parler de l’ambiguïté et de la complexité du réel.

Fantoms, Maurizio Cattelan
« Fantoms » – Pirelli Bicocca, Milan – © M. Cattelan

On connaissait depuis la Biennale de Venise le groupe de pigeons en réponse à une inspection du pavillon italien que Cattelan avait alors trouvé plein d’oiseaux, abandonné… De Venise où il les appelait « Tourists » (1997) et « Others » ( 2011) et ici « Fantômes », il les place ici en très grand nombre dans les deux premières étapes de l’exposition, « Piazza » et « Cubo », perchés dans d’immenses salles éclairées par Pasquale Mari, nous regardant d’en haut, dans une atmosphère dominée par la curiosité et la terreur comme dans Les Oiseaux d’Hitchcock. « Ce sont des êtres extraordinaires, assure Cattelan. Ils ont un sens incroyable de l’orientation, et même libérés dans un lieu inconnu, ils retrouvent le chemin du retour […]. Ils se reconnaissent dans les miroirs, s’adaptent aux situations de lecture […]. Ils emportent avec eux un morceau de tout ce sur quoi ils reposent. Leurs yeux nous observent, nous contrôlent et nous ne savons pas si nous devons les considérer comme des amis ou des ennemis. » Dans la première salle, la Piazza, la sculpture « Souffle » (2021) est une œuvre inédite, en marbre blanc de Carrare, figurant un homme en position fœtale et un chien, tous deux allongés sur le sol, face à face. Bien qu’exposée dans un espace monumental, la sculpture à l’échelle grandeur nature crée une scène intime marquant l’introspection et la fragilité.

Souffle, Maurizio Cattelan
« Souffle » – Pirelli Bicocca, Milan – © M. Cattelan

Passés les « Fantômes » de la Navate, empaillés, cachés dans toute l’architecture de l’ancien bâtiment industriel qui se révèlent au fur et à mesure des déplacements donnant un sentiment d’éloignement et d’agitation, on pénètre dans le Cubo, la tour de la Bicocca, où l’installation monumentale évoquée plus haut d’un monolithe coupé par la silhouette d’un avion, « Blind » devient un mémorial de l’attentat de New York. Perte et douleur collectives sont affichées à l’état brut. Un écho à la violence de l’Histoire devenu ici une confrontation avec la mort. « Création, vie, mort, dit Maurizio Cattelan, tout est intimement lié à l’ambition de chaque artiste de devenir éternel à travers son travail, chaque artiste étant confronté aux deux faces de la médaille : un sentiment de toute-puissance et un sentiment d’échec. Une montagne russe d’élévations exaltantes et de descentes très raides. Aussi douloureuse soit-elle, la deuxième partie [celle des « Fantômes] est aussi la plus significative, car comme toutes les expositions qui l’ont précédée, cette exposition est la concentration de tous ces éléments. »

Tels sont les « fantômes aveugles du souffle » de Maurizio Cattelan : une expérience d’immersion et d’émotion dans un lieu où l’architecture est transformée en environnement psychologique, avec des scènes de film, des acteurs de pièce de théâtre dont « l’assemblage amplifie le sens ».


Exposition « Breath Ghosts Blind », Pirelli Hangar Bicocca, du 15 juillet 2021 au 20 février 2022.


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