Le fantôme du féminisme: « L’aventure de Madame Muir » (FIFF 2017, jour 3)

Fribourg Festival 2017

Une fois n’est pas coutume, un texte sur un classique, ne serait-ce que pour rendre hommage à la diversité et la qualité de l’offre du FIFF. La sélection « Cinéma de genre », sous-titrée cette année « Histoires de fantômes », propose un panel de merveilles plus ou moins anciennes, dont les inoxydables La maison du diable (The Haunting) et L’aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs Muir). Dans le second, un Mankiewicz pas encore célébrissime adapte le roman de R.A. Dick – pseudonyme subtil, n’est-ce pas, de Josephine Leslie – et fait souffler un vent de féminisme sur les années 1940.

Au tournant du 20e siècle, une jeune veuve, Lucy, décide de fuir Londres et surtout ses pénibles belle-mère et belle-sœur. Elle tombe amoureuse d’un cottage en bord de mer, dont le charme tient en partie à la présence du fantôme du précédent propriétaire, un vieux loup de mer aussi élégant que bourru.

L'Aventure de Madame Muir
Gene Tierney e Rex Harrison dans L’Aventure de Madame Muir
(réal. Joseph L. Mankiewicz, 1947, 20th Century Fox)

Loin de la société victorienne, de son hypocrisie et surtout de sa misogynie, Luca va se réinventer grâce à la présence – réelle ou fantasmée, peu importe – de ce personnage inattendu. Celui-ci la pousse – vive l’empowerment – à s’affirmer, c’est-à-dire à voir plus loin – difficile de passer à côté de la métaphore du téléscope braqué sur la large, par ailleur un brin phallique : tout y est.

L’affirmation de soi passera par l’art, ce qui n’est pas plus mal, et par la solitude : on ne s’émancipe par comme ça en 1900. Ce qui n’empêche pas le film, tout en moquant le romantisme mièvres des comédies sentimentales, de conserver une tonalité optimiste qui en fait un manifeste réjouissant.

L'Aventure de Madame Muir
L’Aventure de Madame Muir
(réal. Joseph L. Mankiewicz, 1947, 20th Century Fox)

Les maisons hantées tiennent lieu d’interfaces, de transitions entre deux mondes, celui des êtres de chair et d’os et un au-delà dont reviennent les esprits intranquilles. Ici, la beauté du roman et de son adaptation tient à la manière dont le fantôme sert de ressource à l’héroïne pour réinvestir son destin de femme dans un monde d’hommes.

La comédie romantique à son sommet.

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