La géographie est un combat

Laurent MaréchauxConnaître la Terre qui nous joue des tours en libérant des virus. La regarder comme Anaximandre ou Humboldt. Et se demander comment la décrire pour que sa connaissance nous donne d’y habiter sans l’abîmer.

Les nouvelles technologies dessinent un nouveau monde où l’on se réunit chez soi avec des invités en direct du monde entier, où les amphithéâtres conçus au IVe s. avant notre ère en Grèce sont dynamités par Zoom et autres applications. Une nouvelle géographie du monde est en train de naître. Pendant ce temps, le journaliste Laurent Maréchaux qui a traîné ses guêtres de Sciences Po à l’Afghanistan jusqu’au Cap Horn raconte cette aventure exceptionnelle de la connaissance du monde par la carte géographique.

Il le fait à sa manière de romancier, en « s’émerveillant » de la configuration de la Terre. Il suit dans l’aventure Anaximandre pionnier de la géographie scientifique, Hérodote « reporter géographe », Aristote « le philosophe de l’Univers », Eratosthène et son traité Géographie, Homère « l’aède du monde », Claude Ptolémée « le mathématicien géographe ». Des esprits lumineux qui tentaient héroïquement de dépasser leur périmètre de la Méditerranée.

Carte du Monde d'Homère
Le Monde d’après Homère

Maréchaux saute ensuite au XIIe siècle à la rencontre d’Al-Idrîsî, fameux géographe préservant l’héritage d’un Occident médiéval impécunieux. Il suit Behaim « le père du globe terrestre » et Mercator qui invente la projection sphérique. Christian Huyghens, premier « physicien moderne » et les Cassini, « dynastie d’arpenteurs », Turgot inventeur de la « géographie économique », Humboldt « naturaliste géographe » et les trois géographes pionniers de la géographie humaine et politique, Ratzel, Reclus et Vidal.

Tabula Rogeriana

Tabula Rogeriana de Muhammad al-Idrîsî (BNF)

Mais voilà une géographie bien terrestre. Où sont les portulans ? Les grands documents des cosmographes de Gênes dont se servit Colomb, ceux de Venise et d’Amsterdam, sans oublier la carte désormais totémique de 1507 à l’origine d’une mention américaine par Waldseemüller à Saint-Dié, sont passés à la trappe. Les cartes qui donnent l’image de ce que sera la mondialisation sont déjà dessinées au XVIe siècle avec Diego Ribeiro et Mercator. Les cartes chinoises, coréennes (merci pour celle de Kim Sa-hyeong, Yi Mu et Yi Hoe), indiennes, maori ou ce qui en tient lieu mériteront un autre livre de rattrapage !

Cela nous conduit à se demander ce que notre époque a produit. Le travail de Peters, les cartogrammes, les images satellites et les photographies des programmes Apollo jusqu’au globe numérique de Google Earth (2013), tout cela dessine la Terre avec plus d’outils que la plume et l’imagination.

Un bel hommage, néanmoins, à ces pionniers qui pendant trente siècles ont révélé une géographie qui a fait rêver des générations. Et qui nous émeut, tant par le génie d’un Eratosthène mesurant sans erreur la Terre avec un simple bâton que par la passion d’un Giordano Bruno, cité par le préfacier Jean de Loisy : « Que soit détruite la position centrale de notre astre et monde avec celle de tous les astres et mondes » ! Car la géographie est aussi un combat.


Laurent Maréchaux, Les Défricheurs du monde, Le Cherche midi, 2020.


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