
En vue des JO de 2016, la mairie de Rio veut évacuer la favela de Vila Autódromo pour construire son parc olympique. Samuel Chalard est allé filmer deux ans de combat acharné de quelques centaines de familles. Il raconte leur courage, et rappelle que l’urbanisme, ça sert, d’abord, à faire la guerre aux pauvres. (Manouk Borzakian)
«Les pauvres ne connaissent pas leur force, dit une vieille résignée devant les décombres qui entourent sa maison. Ils sont comme l’éléphant du cirque: on lui met une petite corde autour de la cheville et il se laisse faire.» Mais dans la favela de Vila Autódromo, quelques pauvres plus têtus qu’ailleurs tiennent bon face aux bulldozers, puis face aux flashballs de la police envoyée par le maire de Rio.
À quoi s’accrochent Penha, Delmo, Francisco et les autres, protagonistes du documentaire Favela Olímpica? À des maisons qu’elles et ils ont construites et refusent de quitter pour s’installer dans des espaces résidentiels sans âme. À un lieu façonné par leur présence depuis des décennies, aux réseaux de solidarité que le temps a tissés, à la maison de quartier dans laquelle tout le monde se réunit pour débattre d’un destin commun.
Bref, toutes et tous défendent ce que les géographes appellent leur «habiter», l’ensemble des manières par lesquelles l’humain trouve sa place dans le monde, par lesquelles il se construit tout en construisant son environnement immédiat.
L’intérêt «général» des promoteurs
Or on n’est pas loin des idéaux anarchistes dans l’habiter de cette communauté pauvre mais manifestement heureuse de ce qu’elle est et d’où elle est. Une raison de plus pour que la mairie veuille raser de la carte cet espace de liberté, qui échappe largement à son contrôle.

Elle peut compter sur l’appui de promoteurs trop heureux de construire des appartements en série, et d’architectes en extase devant le concept d’architecture nomade – un stade de handball qui se changera en complexe scolaire par la magie de structures métalliques amovibles: sublime, non? Les uns et les autres promettent monts et merveilles pour l’après-JO et, on s’en doute, ne tiendront pas grand-chose.
Et l’éthique? La justice accourt à la rescousse et brandit l’intérêt général, concept inusable pour technocrate rencontrant une résistance inattendue de chair et d’os. Si besoin, on taxera les récalcitrant-e-s d’égoïsme et de courte-vue, faisant oublier que l’intérêt général recouvre l’intérêt bien particulier de celles et ceux qui tirent les marrons du feu.
Samuel Chalard a réalisé une œuvre salutaire en enregistrant, selon ses mots, «la mémoire d’une lutte» aux accents universels. Son producteur Frédéric Gonseth ajoute avec facétie qu’en 2026, Sion, la capitale valaisanne, sait à quoi s’attendre. Et Paris avant elle.
Favela Olímpica, réal. Samuel Chalard, 2017.
La bande-annonce
Pour nous suivre sur Facebook : https://facebook.com/geographiesenmouvement
Ping : À quoi servent les JO ? | Géographies en mouvement
Ping : Melbourne : le monde contre l’espace-temps abstrait du sport | Géographies en mouvement
Ping : La forme olympique du capitalisme | Géographies en mouvement
Ping : JO de Paris : salauds de pauvres ! (+ Flichiatrie) – Entre les lignes entre les mots